L’État d’Oaxaca, situé dans le sud-est du Mexique, est un haut lieu mondial de la biodiversité présentant un fort endémisme dans ses forêts nuageuses, ses forêts de pins et de chênes et ses forêts tropicales sèches. Il abrite des espèces menacées telles que le margay (Leopardus wiedii), la mouffette tachetée de l’Est (Spilogale putorius), le laurier du Mexique (Litsea glauscescens) et le sapin de Hickel (Abies hickelii), ainsi que des espèces récemment découvertes comme le serpent souterrain Yakacoatl tlalli, cinq nouvelles espèces d’Echeveria et des amphibiens, notamment Thorius pinicola.

Ces écosystèmes sont menacés par le changement climatique, la modification des régimes d’incendie, l’exploitation forestière illégale par des acteurs extérieurs, le braconnage, l’expansion agricole et l’exode rural. Alors que 76 % du territoire de l’État relève de la propriété communale des communautés autochtones et paysannes, l’intégration des savoirs traditionnels par le biais d’une gestion participative est essentielle à une conservation efficace. Dans le cadre des autres mesures de conservation efficaces par zone (OECM), la conservation bioculturelle peut constituer une stratégie vitale pour les communautés d’Oaxaca et leurs forêts. En associant la gestion locale à une compréhension écologique, cette approche préserve activement les habitats de la faune sauvage tout en préservant la biodiversité unique d’Oaxaca.

L’Intégrateur des communautés autochtones et paysannes d’Oaxaca (ICICO), une organisation de la société civile dirigée par seize communautés autochtones de l’État d’Oaxaca, promeut une approche de conservation bioculturelle sur plus de 69 000 hectares de terres gérées en commun, abritant une grande diversité d’écosystèmes, de moyens de subsistance et de cultures. L’ICICO soutient les communautés autochtones par le biais d’une assistance technique et d’un renforcement des capacités en matière de sylviculture durable et de compensation carbone issue des forêts, tout en facilitant une planification participative de l’utilisation des terres et une planification financière afin d’orienter la prise de décision collective.

Ces efforts ont conduit à la création de zones de conservation communautaires, à l’élaboration de plans de gestion durable et à un reboisement actif à l’aide d’espèces indigènes ; ces activités ont donné des résultats significatifs pour les communautés grâce à l’augmentation de la rétention d’eau et à la mise en place de conditions idéales pour le retour de la faune dans les zones autrefois dégradées. Les recettes générées par les projets liés au bois et au carbone sont réinvesties dans la conservation, et la plupart de ces investissements sont décidés lors de l’Assemblée générale de chaque communauté, au sein de laquelle chaque membre actif détermine l’avenir et les efforts de conservation des forêts détenues et gérées en commun. Ces stratégies ont créé des opportunités d’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes, tout en soutenant des entreprises menées par les communautés, telles que l’écotourisme, les scieries et l’embouteillage d’eau, contribuant ainsi à répondre aux besoins de développement local.

Légende : Preparation of seedlings for reforestation activities in La Trinidad Ixtlán. Credit:

Surtout, ces initiatives ont contribué à soutenir les visions propres aux communautés en matière de résilience sociale et écologique. L’élaboration conjointe d’initiatives de conservation avec les communautés leur permet de répondre à leurs principales préoccupations en s’appuyant sur leurs savoirs écologiques traditionnels. Des vulnérabilités telles que l’aggravation des risques de sécheresse et d’incendies de forêt, le manque d’opportunités d’emploi locales et les insuffisances en matière d’infrastructures ont été gérées collectivement, tout en renforçant les pratiques de gouvernance locale fondées sur les assemblées et le service communautaire.

S’appuyant sur un partenariat de 20 ans entre l’ICICO et l’université Duke, le groupe de recherche « Researching Oaxaca’s Socio-Ecological Systems » (ROSES) a été créé en 2022. Il rassemble des chercheurs interdisciplinaires issus de l’université Duke, de l’université d’État de Caroline du Nord, de l’université de Colombie-Britannique, de l’université du Québec et de l’université de Seattle afin de concevoir conjointement des études en accord avec les valeurs autochtones et les objectifs de conservation des communautés. Ces études sont nées du besoin des communautés de mieux comprendre les impacts positifs et négatifs de leurs activités de gestion et de conservation sur leurs territoires, et de générer des données probantes sur ces impacts afin qu’ils puissent être pris en compte par l’ensemble des membres de la communauté chargés de prendre les décisions et d’orienter le développement communautaire. Leurs travaux se sont concentrés, dans cette première phase, sur la dynamique communautaire et forestière, les risques climatiques et la sylviculture.

Légende : Conserving the territory is not an easy job, Participatory Planning Workshop to create past and future land use scenarios in San Juan Lachao. Credit:

En 2024 et 2025, deux communautés voisines de l’ICICO situées dans la région de la Sierra Norte, San Miguel Abejones et Santa María Jaltianguis, ont lancé un projet de corridor bioculturel s’appuyant sur des ateliers participatifs et des enquêtes menées par le groupe ROSES. Les membres des communautés ont participé activement à la conception et à la mise en œuvre du projet, ainsi qu’au traitement et à l’analyse des données, notamment dans le cadre du suivi de la faune sauvage.

« Nous avons été stupéfaits d’⁠apprendre que des espèces que nous croyions éteintes sont encore présentes sur notre territoire. »

Lizeet Perez Martínez, Santa María Jaltianguis, Initiative locale de surveillance de la biodiversité

« Toutes les activités que nous menons sur nos terres ont un impact sur la biodiversité, de la culture du café à l’⁠exploitation forestière. Nous ignorions que la récolte du café et l’⁠abattage des arbres pouvaient faire fuir les tapirs et les jaguars de nos terres. »

Job Jerónimo Bautista, San Pedro Teotlaxco, Commissariat des biens communaux

Ces communautés de l’ICICO mènent également diverses initiatives de conservation. Par exemple, les habitants de Santa María Jaltianguis mènent des actions de conservation des orchidées et des recherches sur la diversité arboricole, notamment par le biais d’un jardin botanique géré par la communauté et d’études visant à éclairer la gestion durable des forêts, en partenariat avec le groupe ROSES. Ces efforts collaboratifs soutiennent le leadership des peuples autochtones et la gestion participative, renforçant ainsi la conservation de la biodiversité, la résilience des forêts et le bien-être des communautés sur l’ensemble des territoires.

Auteur
  • Rosendo Pérez Antonio, L’Intégrateur des communautés autochtones et paysannes d’Oaxaca (ICICO),
  • Elizabeth Shapiro-Garza, Nicholas School of the Environment at Duke University
  • Meredith Martin, North Carolina State University
  • Laura Arango, North Carolina State University
Organisation / groupe / communauté
  • Peuple tza cua, gawi, bexhutni xia cui
  • L’Intégrateur des communautés autochtones et paysannes d’Oaxaca (ICICO),
Territoire

Tza cua, Gawi, Bexhutni Xia cui

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