Le Bénin, pays francophone d’Afrique occidentale, possède un littoral de 125 kilomètres avec plusieurs plages où vivent des pêcheurs artisanaux, des femmes mareyeuses et leurs enfants, qui exercent leurs activités de pêche artisanale. Trois espèces de tortues marines visitent régulièrement les plages de la côte béninoise chaque année. Il s’agit de la tortue olivâtre, de la tortue luth et de la tortue verte.
Les tortues marines sont gravement menacées au Bénin et les communautés locales s’investissent activement dans leur conservation durable
Les tortues marines sont des espèces migratrices, des reptiles marins très pacifiques et sans défense qui passent presque toute leur vie dans la mer ; seules les femelles viennent périodiquement sur le rivage pour pondre leurs œufs sur des plages sûres afin de perpétuer et de maintenir l’espèce. Les tortues marines se nourrissent de méduses. Elles contribuent à l’équilibre de leur habitat naturel, la mer. Les tortues marines apportent une contribution considérable à l’économie des populations locales grâce à l’écotourisme ; le Costa Rica en est un excellent exemple.
Ces tortues marines sont très souvent exposées à plusieurs menaces avérées, notamment : blessures et mortalité en mer causées par les bateaux, les engins de pêche tels que les filets, la destruction des nids contenant de grandes quantités d’œufs également détruits par les populations côtières, les chiens errant sur les plages, la mortalité des bébés tortues causée par les crabes fantômes, et la collecte systématique des œufs et des tortues par les populations locales pour la vente et la consommation de leur viande. Les carapaces sont également vendues pour être utilisées comme objets d’art.
« Au début, certaines personnes essayaient de capturer ou de braconner les tortues et leurs œufs en toute impunité, ce qui rendait notre travail un peu risqué, difficile et compliqué. Mais au fil des jours, des mois et des années, grâce au soutien des autorités et des forestiers, ces pratiques ont considérablement diminué. La sensibilisation se poursuit et reste essentielle pour la protection durable des tortues marines au Bénin. »
Témoignages des éco-gardes Amidou, Éric Alavo, August Agbotrou et Bienvenu Djossou
Mobiliser les communautés locales en tant que « gardiens de l’environnement » pour protéger les tortues marines sur les plages du Bénin
Face à ces menaces qui pèsent sur les tortues marines au Bénin et qui, si rien n’est fait, conduiront à leur extinction, les communautés locales se sont constituées et organisées en éco-gardiens avec le soutien de l’ONG Nature Tropicale en vue de protéger ces espèces emblématiques.
« Nous nous engageons dans cette cause car les tortues marines sont menacées d’extinction, alors qu’elles sont essentielles à l’écosystème marin. Protéger ces espèces sauvages aquatiques, c’est aussi préserver l’environnement et l’avenir des générations actuelles et futures, tout en sensibilisant les populations, les communautés, les décideurs, les jeunes, les enfants, etc. »
Témoignages des éco-gardes Amidou, Éric Alavo, August Agbotrou, Bienvenu Djossou, Martin Agbotrou, Sylvain Dehou et Prosper Kosouho
Les communautés locales effectuent des patrouilles nocturnes équipées de torches, de fiches de collecte d’informations, de pinces, de bagues, de stylos et de mètres rubans. Elles observent les passages et les nids des tortues marines et les nids contenant des œufs pondus par les tortues marines. Si les communautés locales trouvent des tortues marines en train de pondre, elles attendent que le processus de ponte soit terminé, mesurent les tortues, les relâchent dans la mer.
Après, ils ramassent les œufs pour les stocker dans des enclos sécurisés afin de les protéger des prédateurs tels que les braconniers, les chiens errants et les crabes fantômes. Les œufs éclosent au bout de 45 jours maximum et les bébés tortues sont relâchés dans la mer, parfois sous le regard attentif des touristes qui les parrainent.
Le rôle de l’écotourisme
Après l’éclosion des œufs, environ 1 % des bébés sont gardés pendant quelques jours afin d’être parrainés par des touristes avant d’être relâchés dans la mer. Dès qu’ils sont placés sur la plage, les bébés tortues se dirigent spontanément et systématiquement vers la mer, quel que soit l’endroit où ils sont placés sur le sol : mystère ??? Intuition ??? Les bébés les plus forts, les plus vifs et les plus rapides atteignent la mer plus rapidement, en quelques minutes, et sont emportés par les vagues ; les autres, moins vigoureux, reçoivent un coup de main des touristes qui les accompagnent jusqu’à la mer.
C’est un véritable spectacle, très apprécié de tous, avec des cris de joie et des messages vocaux d’adieu et de bonne chance à ces bébés tortues libérées, qui poursuivront leur cycle de développement dans la mer, confrontées à d’autres menaces, au point que seules 2 % d’entre elles grandiront et deviendront adultes, parmi lesquelles les femelles retourneront sur les plages pour pondre leurs œufs. C’est ainsi que s’accomplit le cycle de durabilité/perpétuation de cette ressource de biodiversité marine.
« Ce travail d’écogarde nous a permis de rencontrer des visiteurs, dont de nombreux étrangers ainsi que des locaux, des écoliers, des étudiants et des lycéens, ce qui nous a permis de développer des réseaux d’amitié. Cela nous a également permis de recevoir des dons de la part des touristes. Sur le plan personnel, voir les bébés tortues atteindre la mer nous procure une grande satisfaction et un sentiment d’accomplissement. »
Témoignages des éco-gardes Amidou, Éric Alavo, August Agbotrou, Bienvenu Djossou, Martin Agbotrou, Sylvain Dehou et Prosper Kosouho
Sensibilisation du public
Avant 2000, malgré la ratification par le Bénin de la Convention sur la diversité biologique, l’existence du Mémorandum d’Abidjan sur la protection des tortues marines en Afrique de l’Ouest et d’autres textes réglementaires, la situation des tortues marines était préoccupante. Elles étaient confrontées à plusieurs menaces avérées, connues de tous, en raison d’un manque général de sensibilisation aux conventions et réglementations qui les protègent. Ce n’est qu’après les années 2000 que, grâce aux campagnes d’information, de sensibilisation et d’éducation du grand public menées par l’ONG Nature Tropicale, les tortues marines, ces espèces migratrices sans moyen de défense et inoffensives, ont commencé à connaître une certaine tranquillité sur les plages des 125 kilomètres de côtes du Bénin.
« Depuis le début de notre engagement, les pratiques destructrices et les menaces ont considérablement diminué. La présence de la police, qui travaille en synergie avec nous, les éco-gardes, ainsi que les nombreuses séances de sensibilisation organisées dans les écoles et auprès du grand public par l’ONG Nature Tropicale, ont amélioré le niveau de sensibilisation des habitants, des élèves et des décideurs à différents niveaux, qui sont désormais également impliqués dans la protection des tortues marines. »
Témoignages des éco-gardes Amidou, Éric Alavo, August Agbotrou, Bienvenu Djossou, Martin Agbotrou, Sylvain Dehou et Prosper Kosouho
Les activités d’information et de sensibilisation destinées au grand public, avec l’aide des médias, et l’initiative des communautés locales elles-mêmes d’instaurer une journée nationale des tortues marines le 8 janvier de chaque année, consacrée à la protection des tortues marines depuis plus de 20 ans maintenant, ont énormément contribué au retour au calme des tortues marines au Bénin.
A la suite de ce travail, en janvier 2022 le gouvernement béninois a pris une décision historique, lors du Conseil des ministres, de créer deux Aires Marines Protégées. Cela aurait pu être un processus positif pour les communautés et pour l’environnement. Malheureusement, le processus de création des Aires Marines Protégées n’a pas consulté les communautés riveraines détenant les droits coutumiers dans ces zones, et la suite de leurs droits dans la zone reste dans l’incertitude.
En plus, bien que ces Aires Marines Protégées existent sur le papier, il n’y a encore pas de véritable mise en œuvre – par exemple, il n’y a pas de plan d’aménagement. Pendant ce temps, les activités des acteurs privés nocifs à l’environnement et préjudiciables aux droits des communautés – telle que la vente de la plage pour les complexes touristiques haut de gamme, destinées aux touristes internationaux – continuent dans ces zones. Jusqu’à maintenant, alors, ces Aires Marines Protégées ont porté significativement atteinte aux droits des communautés, sans même offrir de clairs bénéfices pour la biodiversité marine.
En dépit de cette situation, il y a certaines évolutions positives. Par exemple, l’Autorité portuaire de Cotonou et d’autres entreprises privées dont les activités ont un impact négatif sur la survie des tortues marines ont commencé à prendre des mesures pour réduire leur impact négatif sur les plages et les tortues marines.
Conclusion
Les communautés locales du Bénin, qui vivent aux côtés des ressources marines, font un travail formidable pour protéger les tortues marines, confrontées à de nombreuses menaces. Elles ont besoin du soutien et des encouragements de tous afin de poursuivre leur travail bénévole à long terme et de donner aux tortues marines une chance de survivre.


