La zone du cours supérieur protégée par les Wapichan apporte une contribution unique à la biodiversité mondiale et à l’objectif 30×30 du Guyana.
La gestion ancestrale des zones du cours supérieur wapichan
Le peuple wapichan du sud-ouest du Guyana protège les forêts de la moitié est de son wiizi (territoire) depuis des générations. La région, qui s’étend sur environ 1,2 million d’hectares (près de 3 millions d’acres), abrite des réseaux de montagnes sacrées (dont chacune porte un nom et est associée à des légendes), de sites sensibles, de ressources utilisées dans les cérémonies culturelles et les rituels, et le cours supérieur de grands réseaux hydrographiques, notamment des fleuves Essequibo, Kuyuwini, Rewa, Rupununi, et Kwitaro.
L’écosystème unique et divers de la zone englobe certaines des terres les plus fertiles de la région1 et une très grande biodiversité2. On estime que l’ensemble de la région du Rupununi au Guyana abrite plus de 5 400 espèces connues, dont beaucoup sont gravement menacées à l’échelle mondiale.
La gestion ancestrale des sources du territoire wapichan, maintenue grâce à des accords intercommunautaires et formalisée dans le Plan de gestion territoriale des Wapichan, témoigne d’un engagement de longue date en faveur de la conservation de cette région écologiquement vitale. Crédit : FAO/Marlondag.
Auteure/Auteur
- Lan Mei, Forest Peoples Programme, et Gavin Winter, Conseil de district du Sud-Rupununi
Écosystèmes
- Forêts tropicales
Thèmes
- Droits et régime fonciers
- Conservation et utilisation durable
Type
- Forme courte
Date
- Cette étude de cas est incluse dans le rapport Enabling Pathways for Rights-based Community-led Conservation, publié le 17 septembre 2025 par la Rights and Resources Initiative, le Consortium ICCA et le Forest Peoples Programme
Singe-araignée noir (Ateles paniscus), espèce vulnérable inscrite sur la Liste rouge de l’UICN
Pendant la saison des pluies, les bassins fluviaux de l’Amazone et de l’Essequibo sont reliés par les bassins fluviaux du Takutu et du Rupununi, et créent deux importants ensembles biologique et géographique qui permettent l’échange d’espèces entre les différents écosystèmes.
Bien que des générations de leaders aient poussé le gouvernement du Guyana à reconnaître la propriété du peuple wapichan sur son territoire collectif depuis l’indépendance du Guyana en 1966, le rôle de gardien du peuple wapichan sur la région du cours supérieur reste non reconnu par le gouvernement.
Au lieu de reconnaître l’importance de la région pour la conservation, le gouvernement a menacé l’intégrité environnementale et culturelle de la zone en accordant des concessions d’exploitation aurifère sur la montagne Marudi, située au milieu du cours supérieur, et ferme les yeux sur l’exploitation minière illégale qui a lieu dans ces concessions. L’exploitation minière prospère et en grande partie non réglementée dans la région mutile déjà la colline de Mazoa, et associée aux activités d’abattage à l’explosif qui sont proposées, devrait entraîner une destruction écologique et culturelle encore plus importante.
Les communautés wapichan du Sud-Rupununi, représentées collectivement par le Conseil de district du Sud-Rupununi (SRDC), ont commencé en 2010 la formalisation de leur engagement à protéger la région du cours supérieur, au moyen d’une série d’accords intercommunautaires, puis en 2012 dans leur Plan de gestion territoriale des Wapichan.
En 2012, le SRDC a mis en place un programme de surveillance, et formé des surveillants communautaires pour observer les activités minières et autres activités, et pour documenter leurs effets. Il a également élaboré des plans de gestion de la vie sauvage et du cours supérieur, ainsi que des politiques sur le patrimoine culturel, qui détaillent leur plan de gestion territoriale.
Le peuple wapichan a élaboré et met en œuvre ces plans de gestion pour prouver sa capacité à gérer durablement ses terres. En 2023, son expertise et ses efforts ont été reconnus par la Commission de protection et de gestion de la vie sauvage du Guyana (Guyana Wildlife Conservation and Management Commission) dans un Mémorandum d’entente qui reconnaissait l’autorité du SRDC pour gérer un point de surveillance de la vie sauvage à l’un des points d’entrée dans le territoire les plus fréquentés. Son engagement en faveur de la protection de la région a récemment été réaffirmé dans ses plans villageois de durabilité, que le gouvernement l’a chargé d’élaborer.
Ara rouge (Ara macao). Crédit : FAO/Marlondag.
Défis pour la protection fondée sur les droits
La reconnaissance juridique et le soutien politique au travail du peuple wapichan pour protéger la région de son cours supérieur s’imposent de toute urgence pour protéger la région contre d’autres destructions dues à l’exploitation minière et à des menaces futures.
Malheureusement, le cadre juridique actuel prévoit peu de possibilités de soutenir formellement la conservation fondée sur les droits. Les droits de propriété foncière dans les aires protégées ne sont pas reconnus, à moins qu’une communauté autochtone ne dispose d’un titre préexistant et choisisse de déclarer une partie de ce titre comme zone protégée. Malgré des décennies de plaidoyer pour l’obtention d’un titre foncier sur la région du cours supérieur, le gouvernement n’a toujours pas accordé de titre foncier au peuple wapichan pour ces terres.
À de nombreuses occasions, le gouvernement a invoqué les intérêts de tierces parties, par exemple dans le cas de l’exploitation minière sur la montagne de Marudi, comme obstacle à l’octroi de titres fonciers pour des parties de la région du cours supérieur protégée par les Wapichan. Il a également récemment informé les communautés qu’il est peu probable qu’elles reçoivent des titres fonciers pour les zones forestières dans un avenir proche, mais qu’elles pouvaient renoncer à leurs revendications sur ces zones forestières pour recevoir des titres sur des parcelles de leurs savanes. Bien qu’aucune explication n’ait été donnée aux communautés pour cela, il est intéressant de remarquer que depuis 2020, le gouvernement participe à un système d’échange de droits d’émissions de carbone qui couvre l’ensemble de la surface forestière du pays.
La seule autre forme juridiquement reconnue d’aire conservée au Guyana est une aire protégée sur des terres non associées à des titres fonciers. L’une de ces aires protégées, l’aire protégée des montagnes de Kanuku (KMPA), a été établie en 2011 sur des parties du wiizi des Wapichan sans le consentement des communautés, entraînant l’imposition par le gouvernement de restrictions à l’utilisation des ressources par les membres de la communauté. Par exemple, un nouveau projet de plan de gestion pour la KMPA décrit des « projets de construction de logements » par les villages. Il s’agit en d’autres mots de l’utilisation par les villageois de bois de construction de l’aire protégée pour construire leurs maisons, ce qui représente une grande menace pour l’aire protégée. 3
Selon les communautés, les aires protégées ne sont rien d’autre qu’un mécanisme additionnel par lequel les plans du gouvernement les déplacent de force. Au début du 20e siècle, les communautés ont été contraintes de quitter leurs savanes pour céder la place à des investissements dans l’élevage de bétail, et sont reparties dans leurs forêts. Maintenant, avec l’établissement des aires protégées, elles commencent à être déplacées hors de leurs forêts.
Possibilités pour le peuple wapichan et le gouvernement du Guyana
Possibilités pour le peuple wapichan et le gouvernement du Guyana
Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal de 2022 représente une nouvelle occasion pour le peuple wapichan de mieux faire reconnaître ses efforts de conservation. Conformément à ce cadre, le gouvernement du Guyana s’est engagé publiquement à doubler ses aires conservées d’ici 2025, pour couvrir 17 % de la superficie du pays, et atteindre son objectif 30×304. La Commission des aires protégées a indiqué son intention de réviser et mettre à jour la Loi sur les aires protégées.
Toutefois, le gouvernement doit veiller à ce que les droits autochtones ne soient pas violés dans le cadre du processus de développement des efforts de protection. Historiquement, l’établissement de la seule aire protégée détenue par des Autochtones à ce jour au Guyana, l’Aire protégée amérindienne de Kanashen, n’a pas été mené par les communautés et a eu des conséquences négatives involontaires, notamment le déplacement de villageois hors de la communauté et des effets préjudiciables sur les communautés voisines. En particulier, et ironiquement, même s’il est notoire que l’une des grandes menaces pour Kanashen est l’exploitation minière à Parabara, l’un des villages du SRDC limitrophes de Kanashen, ce sont en réalité les habitants de Kanashen qui pratiquent l’exploitation minière illégale à Parabara. Les restrictions à l’utilisation des ressources à Kanashen ont par ailleurs provoqué une surexploitation de la vie sauvage par les habitants de Kanashen sur les terres de Parabara et des conflits liés à l’utilisation des ressources.
Le SRDC a déjà établi des contacts avec des institutions gouvernementales concernées afin d’entamer des discussions au sujet de la reconnaissance de la région du cours supérieur protégée par les Wapichan et leur contribution à la réalisation de l’objectif 30×30 du gouvernement. La collaboration avec le SRDC pour la reconnaissance de cette région du cours supérieur en tant qu’aire protégée et détenue par les Autochtones représente une occasion importante pour le gouvernement. Avec cette proposition du SRDC, un peuple autochtone présente pour la première fois au gouvernement une proposition de conservation qui lui est propre.
Néanmoins, un soutien politique beaucoup plus solide est nécessaire pour faire avancer cette proposition du SRDC de contribution à une aire protégée détenue par les Autochtones pour réaliser l’objectif national 30×30. Bien que la loi autorise plusieurs institutions gouvernementales à prendre des décisions dans différents domaines, dans la pratique toutes les décisions sont prises par le Cabinet, et en particulier par le Président et le Vice-président. Les institutions chargées de l’environnement, des forêts, de l’exploitation minière, de l’application de la loi et du contrôle des frontières devront également soutenir le SRDC dans l’exercice de son autorité sur les activités minières illégales dans la région.
Les plans de gestion wapichan soutiennent une gestion durable de territoires riches en biodiversité.
Crédit : FAO/Marlondag.
Recommandations pour les preneurs de décisions
La zone du cours supérieur protégée par les Wapichan apporte une contribution unique à la biodiversité mondiale et à l’objectif 30×30 du Guyana. Les institutions gouvernementales et les fonctionnaires compétents devraient octroyer sans délai un titre foncier sur ces terres aux villages du SRDC et entamer le processus de dialogue soutenu avec le SRDC, afin de concevoir et élaborer un plan de mise en œuvre solide pour la gestion de la zone.
Le gouvernement doit soutenir le SRDC dans l’élaboration et la mise en œuvre de propositions visant à garantir que le SRDC dispose de l’autorité et du soutien nécessaires pour appliquer son plan de gestion.
En cas de succès, cette aire protégée constituerait un exemple positif de protection véritablement menée par des Autochtones, qui respecte l’autodétermination, les terres, les ressources et les droits de participation des peuples autochtones.
References
- Gouvernement du Guyana (1969) Report by the Amerindian Lands Commission, Gouvernement du Guyana, août 1969, pp. 75–76. Sur : www.parliament.gov.gy/documents/documents-laid/14210-report_by_the_amerindian_lands_commission_august_1969.pdf
- Alonso, L.E., Persaud, J. et Williams A. (éd.) (2016) Biodiversity assessment survey of the South Rupununi Savannah, Guyana, BAT Survey Report n° 1. WWF-Guianas, Guyana Office. Georgetown, Guyana. Sur : wwflac.awsassets.panda.org/downloads/wwf_bat_sr_low_res_1.pdf
- Protected Areas Commission (PAC), Guyana (2024) Kanuku Mountains Protected Area – Management Plan
2024-2028, Premier projet. Georgetown : PAC, Guyana. - Stabroek News (2024) « Guyana to double legally protected areas », Stabroek News, 13 juillet 2024

